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Dans L’Humanité : Et maintenant, comment reconstruire la gauche ?

logo_HumanitéMARDI, 19 JANVIER, 2016 – L’HUMANITÉ

Pour la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann : « Partout, l’enjeu est d’allier un projet alternatif et une réelle capacité, dans le cadre de l’alternance, à le mettre en œuvre, en tout cas d’avancer vraiment en répondant aux aspirations et attentes de nos concitoyens. »

Photo : Jean-Pierre Muller/AFP

Des primaires de la gauche et des écologistes  par  Marie-Noëlle Lienemann, Sénatrice socialiste de Paris

La gauche n’a jamais trouvé force et crédibilité qu’en s’unissant. Mais l’unité, pour indispensable qu’elle soit, ne saurait se réussir sans que les différentes forces, dans le respect de leur diversité, travaillent à des convergences programmatiques. De fait, le haut niveau du FN, conjugué au régime de la Ve République et à nos modes de scrutin, transforme la donne. Le premier tour devient essentiel ; on ne peut plus seulement travailler à de bonnes conditions du rassemblement au second tour. Il serait très aléatoire de compter sur le vote utile, sur le rejet de la droite et de l’extrême droite pour se dispenser d’un accord entre les divers partis et mouvements de gauche et écologistes. Les récentes élections l’ont confirmé : lorsque la gauche s’affaiblit, toutes ses composantes sont touchées, sans vases communicants au sein de la gauche. Le refuge de la déception est majoritairement l’abstention, et aussi désormais dans un basculement vers la droite et une extrême droite semblant porteuse d’une « alternative » – certes dangereuse et illusoire pour les couches populaires. Aujourd’hui, selon une large part de son électorat, le FN peut gouverner. Le vote n’est plus seulement contestataire.

Partout, l’enjeu est d’allier un projet alternatif et une réelle capacité, dans le cadre de l’alternance, à le mettre en œuvre, en tout cas d’avancer vraiment en répondant aux aspirations et attentes de nos concitoyens. L’unité est en réalité refusée par les tenants de l’idée des « deux gauches » qui s’autoentretiennent dans des positions de plus en plus difficiles à concilier. D’un côté, ceux qui voient l’avenir de la gauche au centre, de l’autre, ceux qui acceptent une marginalisation pour retrouver une identité plus marquée. C’est l’impasse. Pendant ce temps-là, les thèses nationalistes, xénophobes, le racisme et l’antisémitisme comme l’obsession de l’ordre, progressent presque partout. En France aussi, il y a donc une bataille idéologique à reprendre. C’est aussi vrai du fatalisme renforcé devant la mondialisation libérale. Nous ne la mènerons pas avec un discours sur les seules valeurs ; il faut assurer les Français que nous construirons avec eux une réelle sortie de crise et une nouvelle page de notre histoire en poursuivant l’épopée républicaine qui n’a pas encore tenu pleinement sa promesse.

Nous devons fédérer toutes celles et ceux qui sont prêts aujourd’hui à travailler à une plate-forme rassemblant toute la gauche et les écologistes… en menant ce combat-là où nous militons. Je reste convaincue de la nécessité d’installer un comité de liaison de la gauche. Sans attendre, il faut trouver des lieux et des occasions associant très largement toutes celles et ceux qui sont prêts à contribuer à l’élaboration d’un programme rouge-rose-vert, un programme pour gouverner ; et rien ne sera vraiment possible sans associer les syndicalistes, les militants associatifs, les citoyens engagés. Je crois essentiel que soient organisées des primaires de la gauche et des écologistes. Elles auraient plusieurs avantages : permettre au peuple de gauche de participer à un débat sur les orientations stratégiques pour 2017 et de choisir entre plusieurs candidats les incarnant. Et là, il y aura deux tours : on pourrait, au premier tour, afficher sa spécificité, ses exigences et, au second, créer les conditions d’une nouvelle dynamique unitaire. L’autre intérêt serait de rouvrir un débat avec les citoyens, de contribuer à une repolitisation de notre pays et surtout de revivifier la gauche par l’apport de nouvelles générations militantes qui s’engagent sous d’autres formes et de nouveaux combats. Je ne crois pas cependant à l’émergence d’un Podemos à la française, surtout au regard du poids acquis par l’extrême droite. Néanmoins, une aspiration à une implication plus participative pour transformer la société est vive dans notre pays et nos modes d’organisation actuels y répondent mal. Les primaires pourraient, elles, être un grand moment de débat, d’expression qui ouvre une nouvelle époque.

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