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Intervention de François Hollande sur l’emploi le 18 janvier 2016 : poursuivre dans la même impasse

2048x1536-fit_francois-hollande-lors-voeux-presidence-acteurs-entreprise-emploi-19-janvier-2016Le Président de la République, est intervenu, devant le Conseil Économique Social et Environnemental lundi 18 janvier 2016 vers 11h00, un plan d’urgence pour l’emploi, en cette dernière année du quinquennat.

Aucune annonce fracassante – si ce n’est la confirmation de reculs sociaux – aucune surprise dans cette intervention qui a confirmé la volonté de François Hollande de maintenir la ligne économique et sociale qui a déjà échoué depuis l’automne 2012.

Malgré l’atonie de l’activité économique, renforcée par la politique de rigueur budgétaire, le Président de la République persévère dans son refus de la relance, ce qui ne permettra évidemment pas aux entreprises de remplir leurs carnets de commandes alors que c’est la seule manière d’assurer des créations d’emplois. Redisons le : sans croissance, donc sans soutien au salaire et à la consommation populaire ainsi qu’à l’investissement public, nous ne parviendrons pas à réduire le chômage.

  • Bien que cette logique de la politique de l’offre n’ait donné aucun résultat, le Président de la République accentue les concessions faites au patronat, sans que rien ne soit annoncé pour les rémunérations :
    • transformation définitive du CICE en allègement de cotisations patronales, ce qui empêchera toute capacité pour la puissance publique à exiger des contreparties (c’est-à-dire conditionner à la création d’emplois et à l’investissement productif) et à cibler le type d’entreprises qui pourraient être concernées par des dispositifs de soutien ;
    • concessions graves sur le droit du travail (nous y reviendrons).
  • Des propositions sur la formation des chômeurs qui tiennent plus des recettes classiques que d’une réforme structurelle et durable, dont les objectifs principaux risquent d’être le passage de quelques dizaines de milliers de demandeurs d’emploi de la catégorie A vers la catégorie D. Mieux former c’est bien mais cela ne crée pas d’emploi, sans compter qu’une bonne partie des demandeurs d’emplois sont formés et ne trouvent pas d’emploi à cause du manque de croissance et d’activités. De même, les employeurs ont recours à l’apprentissage essentiellement lorsque la situation économique s’améliore et donc lorsque le niveau d’activité les y incite : on ne peut donc pas faire l’impasse sur une réorientation plus vaste de la politique économique gouvernementale et évacuer sans débat la nécessité d’une relance.
  • L’annonce d’un recul très net du droit du travail, dans la lignée du Rapport Combrexelle (cf. notre cahier) et dans l’attente du rapport préparé par Robert Badinter. Il s’agit pour le Président de la République d’adapter celui-ci aux besoins des entreprises quand toute l’histoire progrès a été au contraire d’adapter la logique des entreprises au respect des salariés, dont elles retiraient des bénéfices évidents en contreparties (salariés en bonne santé, mieux formés, sécurisés donc plus productifs et compétitifs).
    • En annonçant notamment que « l’accord collectif pourra s’imposer au contrat de travail en matière de durée du travail », le Président de la République accroît les possibilités de déroger à la loi, mettant ainsi à mal tant la hiérarchie des normes que le principe de faveur. C’est le dumping social interne. C’est la porte ouverte à une remise en cause camouflée des 35 heures en ne fixant pas le minimum de compensation des heures supplémentaires.
    • Au-delà du détricotage malvenu du droit du travail, ces annonces ne sont pourtant pas de nature à donner des résultats (si tant est qu’elle puisse en donner aucun) d’ici 2017, mais fragiliseront gravement les droits des salariés dans l’entreprise.

Alors nous le réaffirmons avec fermeté et conviction : non, tout n’a pas été tenté pour lutter contre le chômage. Au contraire, il a été démontré à de nombreuses reprises que l’imposition forcée des dérégulations libérales ne donnait aucun résultat sur ce terrain de l’emploi bien au contraire.

Non nous n’avons pas tout essayé pour l’emploi. Nous n’avons pas essayé la relance, la répartition des richesses, le volontarisme industriel, des investissements massifs pour moderniser le pays face aux grandes transitions digital numérique et écologiques.

Copyright © 2012 Marie-Noëlle Lienemann. Tous droits réservés.