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Le mea-culpa d’Emmanuel Macron… sans en tirer les conséquences

Emmanuel_MacronDiriger c’est prévoir…

Comment s’étonner du doute démocratique et de l’absence de confiance dans les dirigeants quand ceux-ci font mine de découvrir – après avoir contraint le peuple à des politiques qu’il refusait –, que leurs choix étaient mauvais et nous ont conduit dans une direction dangereuse.

Quelle crédibilité peuvent-ils avoir aujourd’hui pour prétendre incarner l’avenir ?

Prévoir n’est pas se laisser porter par l’air du temps…

J’ai été très étonnée de lire que, lors d’une conférence à Sciences Po Paris, Emmanuel Macron avait critiqué le fameux pacte de stabilité qu’il avait qualifié de « mauvais choix collectif ». Il a bien dû constater que cette politique malthusienne, véritable étouffoir de la croissance avait pénalisé l’UE, en particulier pour sortir de la crise de 2008.

Que n’entendait-on lorsque nous contestions ce pacte, issu du traité d’Amsterdam que j’ai refusé de ratifier. Nous n’avons depuis eu de cesse d’exiger que l’on sorte de ce carcan et de ces dogmes pour soutenir une stratégie de croissance et de justice sociale par un nouveau cadre macro-économique au sein de la zone euro.

Ce combat a été au cœur de la mobilisation pour une réorientation de la construction européenne et une sortie des politiques d’austérité.

Le refus de cette logique austéritaire était au cœur de l’engagement de François Hollande de renégocier le traité TSCG… On connaît la suite !

Notre diagnostic fut répété maintes fois pour signaler que l’Europe et la France faisaient fausse route et que cette politique nous menait dans l’impasse, avec un chômage massif et un pouvoir d’achat en berne. Dés avril 2013, nous déposions un projet de relance sociale et écologique.

« Avec une croissance faible et un endettement massif, faire de la consolidation budgétaire et une politique de compétitivité était un mauvais mix qui a conduit à faire s’effondrer la demande intérieure de l’Europe ». On n’aurait eu aucun mal de trouver cette phrase dans un de nos textes, ou une de mes interventions. Non, ces propos sont ceux d’Emmanuel Macron, ministre de l’économie, et qui, dès le début du quinquennat ,était conseiller économique de l’Élysée et mobilisé pour faire passer, en dépit de toutes les promesses de campagne, le traité qui aggravait encore cette politique absurde.

Pourtant, il ne fallait pas être grand clerc pour voir venir le danger !

Quelle leçon en tire Emmanuel Macron pour agir maintenant ? Aucune !

On pourrait s’imaginer que, découvrant – sur le tard – cette erreur magistrale, le ministre de l’économie estime urgent de porter une initiative française, reprenant le flambeau – abandonné il y a 4 ans – de la réorientation. Eh bien non ! Dans la filiation des élites françaises qui passent leur temps à dévaloriser, en Europe, le poids, la place de la France et la position des Français (si rétifs à leurs dogmes néo-libéraux), Emmanuel Macron juge que « La France n’est pas la mieux placée pour rouvrir ce débat. L’initiative ne peut pas être française, elle ne peut venir que de l’Allemagne ou de la Commission européenne… »

Ah bon ! Et pourquoi ? On croît rêver !

En fait, cette formule est un grand classique de l’abdication des élites françaises qui estiment ne pouvoir installer aucun rapport de force avec nos partenaires. Le motif affiché serait que notre pays ne pourrait parler haut et fort, parce qu’il ne rentrerait pas dans les clous de ce même pacte de stabilité, et en particulier du fameux 3% de déficits publics, de critères que l’on conteste et que le même ministre – comme depuis un certain temps le FMI – jugent inadaptés et négatifs pour notre situation économique.

Aberrante, cette position est de surcroît scandaleuse. Comme si le poids politique de la France se mesurait à l’aune de ses déficits et non à sa place dans le concert des nations, sa démographie, et plus largement son rôle dans l’Histoire. Sans compter qu’elle est le second pays européen en terme de PIB… Ces dirigeants passent leur temps à stigmatiser la France comme une mauvaise élève de l’Europe libérale et prennent un ton dépité d’excuses auprès de nos partenaires, au lieu d’affirmer avec détermination : « nous ne voulons pas appliquer ces critères malthusiens du pacte de stabilité et nous ne le ferons pas ! »

Il ne s’agit pas de refuser de stopper des dérives financières qui peuvent à terme nous fragiliser, mais d’y parvenir par un autre chemin, une autre politique.

Au binôme austérité budgétaire/flexibilité du travail, nous opposons politique de relance/redistribution de richesses.

Au gaspillage d’argent public avec des aides massives aux entreprises sans contreparties, nous opposons un ciblage des contributions publiques et des politiques de filières industrielles.

On attend un nouveau mea culpa d’Emmanuel Macron… dans quelques années, bien sûr !

Mais que de temps perdu, que d’erreurs commises, que de difficultés subies par les plus modestes et que de retards accumulés par notre pays.
Une autre politique est possible et indispensable.

Copyright © 2012 Marie-Noëlle Lienemann. Tous droits réservés.