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NON la France n’a pas trop d’agents publics (il y a encore de nombreux emplois à créer)…

17352665_10154623419337739_168350901_nLa France est-elle sur-administrée ? Le nombre de fonctionnaires et de personnels travaillant dans le public est-il trop élevé ? Faut-il dégraisser le « mammouth » qui se serait hypertrophié depuis quelques années ?

La réponse est NON. Il y a toujours mieux à faire pour améliorer l’intervention publique, la rendre plus efficiente, tant en coût qu’en qualité du service rendu. Mais là seulement est l’enjeu. Il y a beaucoup à faire pour assurer sa mutation au regard des évolutions technologiques, des exigences écologiques mais aussi pour répondre aux besoins nouveaux de nos concitoyens et du pays. Mais en aucun cas, il ne faut continuer sur la voie de ce dénigrement permanent des fonctionnaires, de lancer à la figure des comparaisons européennes, des soit-disant réussites pour justifier d’énièmes dérégulations et un affaiblissement de l’État et des collectivités locales. Il faut refuser l’idée des réductions du nombre de fonctionnaires, cette obsessionnelle course à la réduction des dépenses publiques – dangereuse et in fine assez vaine – sans se préoccuper sérieusement d’accroître ses recettes, tant par une politique de relance que de lutte contre l’évaporation fiscale et d’amélioration dans le sens de la justice de notre système de prélèvement !

Qu’en est-il de l’emploi public en France ?

Il faut bien parler de l’emploi public car, sur les 5,5 millions de salariés (2,4 pour l’État, 1,9 pour les collectivités territoriales, 1,2 pour les Hôpitaux et établissements sanitaires et sociaux), seulement sept sur dix sont fonctionnaires… Le nombre de contractuels a progressé de 3 points en 10 ans ! Et parfois on explique que le nombre de fonctionnaires a « scandaleusement » augmenté simplement parce qu’une titularisation – légitime – a eu lieu… et réciproquement l’annonce de baisse cache souvent des recrutements contractuels.

Ensuite, il faut regarder avec rigueur et honnêteté intellectuelle les comparaisons avec d’autres et en particuliers nos voisins européens…
Quelques éléments pour montrer qu’il faut se méfier des déclarations à l’emporte-pièce et des chiffres qui ne veulent rien dire. Quelques exemples : l’école en Allemagne commence à 6 ans, il n’y a pas de maternelles et les crèches sont rarement publiques… dans un même ordre d’idée si les hôpitaux peuvent être subventionnés outre-Rhin, le personnel n’est pas public. Est-ce moins coûteux pour les Allemands ? Non. Mais ces dépenses ne sont pas comptées en emplois publics !

Donc il faut prendre avec des pincettes les chiffres : ainsi la France compte 86 emplois publics pour 1000 habitants, certes devant l’Allemagne mais bien derrière les pays d’Europe du Nord !

L’OFCE, consciente de ces distorsions de calcul, a défini un critère plus objectif à savoir le nombre d’emplois publics total offrant des services non marchands (éducation, administration, sécurité, santé, etc.) pour 1000 habitants et là on voit que la France est au même niveau que l’Allemagne ou le Royaume-Uni, nettement en dessous de la Suède, du Danemark, de la Finlande mais aussi… des États-Unis ! et par rapport aux USA, au Royaume-Uni et aux pays nord européens, nous avons moins d’enseignants pour 1000 habitants. Ce qui est très préoccupant et explique en partie nos mauvaises performances éducatives… Cela exige aussi que nous redressions la barre et poursuivions les efforts de recrutement.

Arrêtons donc ces discours alarmistes sur le poids de la fonction publique en France qui n’ont aucune pertinence économique et procèdent d’une orientation purement idéologique libérale pour justifier la privatisation de certains services, ce qui permettrait au privé de capter des profits et dividendes pour la demande solvable ; nul doute qu’il appellerait l’État à la rescousse pour la partie non rentable ou limiterait l’accès à des services de qualité pour des franges entières de la population !

Rappelez-vous, il y a quelques années, on nous expliquait que certains pays avaient réussi à baisser de façon drastique le nombre de leurs emplois publics pour rétablir leurs comptes ; le premier exemple donné était celui du Canada où le Libéral Jean Chrétien – prédécesseur et du même parti que Justin Trudeau – avait réduit de 6% le nombre d’agents publics… Cela a été si calamiteux pour les services publics que dès l’année suivante, il a fallu recruter à nouveau fortement des fonctionnaires ; aujourd’hui, la part de l’emploi public dans l’emploi total au Canada est supérieure à ce qu’elle est en France… D’ailleurs les zélateurs d’hier ne donnent plus cet exemple aujourd’hui…

Disons-le tout net, il faut recruter des fonctionnaires dans l’éducation, dans l’hôpital et le médico-social, la police, la justice, les corps de contrôle, pour la petite-enfance et l’autonomie de nos anciens…

Il faut repenser avec les fonctionnaires l’organisation des services, les modes d’intervention de l’État et des collectivités à l’aune des nouvelles technologies et des attentes de nos concitoyens. Il faut associer élus et usagers à cette rénovation, mais une chose est certaine : les suppressions de 500 000 postes de fonctionnaires par Fillon ou les 120 000 préconisées par Macron seraient pure folie et coûteraient cher humainement et économiquement à notre pays. Ce serait une véritable régression républicaine !

Rappelons le « les services publics sont le patrimoine de ceux qui n’en ont pas ! »

Copyright © 2012 Marie-Noëlle Lienemann. Tous droits réservés.