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Macron et Fillon : deux voix pour hâter le naufrage de l’Europe

18012958_10154724816492739_143374288_oSignificatif, l’appel de Pierre Gattaz, en faveur des candidats Macron et Fillon pour sauver l’Europe. En effet, il s’agit bel et bien de sauver leur Europe, celle que le patronat, les Libéraux, les financiers ont conçu tout à la fois comme une grand marché et un acteur de la dérégulation jouant à fond la carte du libre-échange généralisé, sans règles sociales, fiscales et affranchi du rôle de la puissance publique. Les peuples s’en détournent, alors le MEDEF comme ses homologues européens prennent peur et s’engagent à fond pour les deux tenants d’une même ligne : on continue dans la même direction, et de plus belle !

Pour Emmanuel Macron, l’alignement sur la logique dominante en Europe doit prendre le pas sur la volonté française de profonde réorientation de l’UE. Il suffit de lire son programme pour mesurer que pour le leader d’En Marche ! veut imposer à la France toutes les exigences de Bruxelles et ce qu’ont imprudemment accepté les gouvernements précédents, souvent en dépit des désaccords manifestés par le Français. Dans ce sens, il est dans la totale filiation des élites économiques, financières et de la haute administration, en particulier celle de Bercy, qui n’ont eu de cesse de faire passer les thèses libérales par le chantage à la construction européenne. En clair, si vous refusez le cadre actuel, c’est que vous êtes anti-européens. J’ai eu l’occasion à maintes reprises de constater comment au sein des institutions européennes, à Bruxelles, elles ne cessaient de regretter les difficultés à faire les « nécessaires réformes », les « blocages » français, qui n’étaient en fait qu’un refus de se plonger dans une mondialisation libérale et une Europe réduite au grand marché, à la « concurrence libre et non faussée », si éloignée des projets des fondateurs et de l’espérance des peuples.

Et Emmanuel Macron de reprendre la même antienne – partageant en cela les thèses de François Fillon : « Nous devons faire chez nous, ce que tous nos partenaires ont fait chez eux : remettre notre économie en mouvement est, dans l’intérêt de nos enfants, mieux gérer nos finances publics ». La bonne vieille rengaine selon laquelle les autres font mieux. Bref, nous serions les mauvais élèves et il faudrait s’en excuser. S’excuser d’avoir vu juste et d’avoir refusé cette course folle aux dumpings de tout genre, de fragilisation de nos modèles sociaux et une perte de souveraineté, voyant très tôt que l’UE – et la France – allaient dans l’impasse. Il faudrait renoncer à se faire entendre tant que nous ne serions pas passés sous les fourches caudines d’une politique dénoncée par notre peuple.

Emmanuel Macron parle de nos partenaires. Lesquels ? Les Britanniques, si souvent donnés en exemple qui viennent de voter le Brexit ? Les pays du Sud qui ont fait payer le lourd tribut de l’austérité à leurs peuples sans retrouver un réel rebond et qui ont de surcroît joué à plein le recours au dumping social, fragilisant tous les autres pays ? Les Néerlandais qui auraient nous dit-on le plein emploi mais qui ont voté fortement pour l’extrême droite (Fort heureusement, cette dernière n’a pu atteindre la majorité, mais elle pèse lourdement dans une société qui est loin de vivre positivement la situation favorable que nous décrivent ces commentateurs de statistiques qui ne disent rien de la pauvreté, de la précarité vécue par une grande partie de la population) ? Les Hongrois qui avec Victor Orban bafouent bien des valeurs démocratiques qui fondent l’Europe et n’est jamais sanctionnée, recevant toujours les fonds européen comme si de rien n’était ? La Bulgarie qui veut développer son industrie nucléaire avec l’Iran et qui n’est pas non plus un modèle pour la défense des libertés publiques ?

La réalité est que la grande gagnante des vingt dernières années est bel et bien l’Allemagne – mais beaucoup moins les Allemands, en particulier les travailleurs pauvres en nombre croissant – qui, à chaque période, a fait prévaloir ses vues et ses intérêts, surfant à la fois sur la vague libérale mais aussi sur les liens économiques particuliers qu’elle pouvait organiser avec ses voisins de l’Est.

Il ne sert à rien de pleurer sur le fait que les dirigeants allemands et tout particulièrement Angela Merkel aient joué une carte toute tournée vers ce qu’elle estimait être l’intérêt de son pays. Ce qui doit nous préoccuper, nous Français qui défendons toujours l’idéal d’une Europe au service des peuples, actrice d’une prospérité partagée et d’un monde de paix, c’est l’attitude des dirigeants de notre pays. En face de la vision allemande et libérale, les dirigeants français n’ont à aucun moment su ou voulu engager une stratégie de rééquilibrage et de réorientation. Pire, le plus souvent, ils ont pris une posture d’alignement et de suivisme, contre l’avis d’une majorité de notre peuple. Ils ont fini par accepter l’inacceptable.

Tant de rendez-vous manqués :

  • Après un « oui » très étroit des Français au traité de Maastricht, largement acquis grâce à la perspective d’une étape sociale, d’un gouvernement économique œuvrant pour la croissance et l’emploi. Promesse enterrée avec l’acceptation par Jacques Chirac et Lionel Jospin du traité d’Amsterdam qui gravera dans le marbre des contraintes économiques et financières, du pacte de stabilité qui étouffera dramatiquement la croissance européenne – la plus longue période de faible croissance de notre continent et un niveau toujours inférieur à celui des USA !

  • Ce sera ensuite le refus du projet de constitution remplacé par le traité de Lisbonne, strictement identique.

  • Puis, le traité Merkosy qui institutionnalise l’austérité, avec la « règle d’or », prévoit des injonctions quant aux budgets des États et même des sanctions en cas de manquement. François Hollande s’était engagé dans son programme à renégocier ce traité que la France pouvait ne pas ratifier ! Il n’a rien engagé en ce sens et le conseiller Emmanuel Macron fut l’un des premier à prendre contact dès février 2012 avec l’équipe d’Angela Merkel pour la « rassurer » : ces promesses n’étaient que propos de campagne ! Et au final, le TSCG a été ratifié sans la moindre réorientation et sans relance significative de l’activité.

Je ne m’éloigne pas de l’élection présidentielle de 2017. Emmanuel Macron approuve le cadre actuel de l’union économique et monétaire, fait de l’alignement de la France à ses conceptions un objectif et un préalable à toute influence pour une nouvelle étape. D’ailleurs, les soutiens d’Angela Merkel en Allemagne ne s’y trompent pas. Ainsi, son très austéritaire ministre des finances, Monsieur Schaüble indique qu’il voterait pour le candidat d’En Marche !

Pourtant poursuivre ces politiques est à très haut risque car cela conduira à de nouveaux reculs économiques et sociaux pour notre pays et cela ne fera qu’exacerber les déséquilibres mortifères qui minent l’Europe.

Certes, Emmanuel Macron ajoute dans sa brochure programme que « l’Europe aussi doit changer : elle ne doit pas avoir pour mission de gérer une bureaucratie mais de protéger notre présent est de préparer notre avenir ; elle doit nous protéger dès aujourd’hui et investir pour demain… ». Dans la catégorie langue de bois, où l’on met bout à bout les mots clefs concoctés par les communicants, Emmanuel macron est champion… quand on regarde le contenu plus précis, il est surtout marquant pour ce qu’il ne dit pas : rien sur les convergences sociales et fiscales, rien sur les difficultés qui pèsent sur la France et la plupart des pays de l’UE, pour la défense des services publics ou pour permettre des aides publiques afin de réindustrialiser leur pays, rien non plus sur de nouvelles politiques communes – sauf à peine un fonds européen de défense ! Mais au contraire, beaucoup sur le développement du « marché unique », pilier du projet européen du candidat. « Nous créerons un marché unique du numérique… nous créerons un marché unique de l’énergie… Nous défendrons l’intégrité du marché unique européen dans la discussion du Brexit. ». Il ne parle pas des politiques communes, non c’est le marché, le marché, le marché… on connaît la suite. Pour lui, l’Europe de demain ne sera que le prolongement de celle d’aujourd’hui !

L’Europe d’aujourd’hui est alarmante. Elle l’est sur le terrain social avec l’accroissement des inégalités entre pays et au sein de chaque pays ; sur le terrain économique, avec un continent où la croissance est faible, où les retards technologiques demeurent importants et la demande intérieure insuffisante ; sur le terrain géopolitique, avec l’incapacité de construire des politiques étrangères communes ou de se protéger dans la mondialisation sans règles ; sur le terrain moral, avec l’absence de solidarité et le renvoi de balle quant à l’accueil des migrants… Enfin, il y a désormais davantage de peuples qui contestent les politiques engagées en Europe, qui n’acceptent plus d’avoir perdu leur souveraineté sans même qu’au niveau européen, ils puissent être entendus, écoutés et défendus.Il faut regarder avec lucidité mais aussi avec détermination les conséquences politique du chemin engagé : les forces centripètes dominent tout, les thèses de l’extrême droite et de repli identitaire progressent, les divergences sociales et de développement se creusent. Poursuivre dans cette voie c’est accroître les risques d’implosion.

Copyright © 2012 Marie-Noëlle Lienemann. Tous droits réservés.