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La nouvelle loi sur l’entrée à l’université : une sélection pure et simple, socialement orientée !

27972482_10155835630596049_1164294374702558205_nLe gouvernement ne veut pas le reconnaitre mais la nouvelle loi sur les conditions d’entrée à l’université n’est autre qu’une sélection pure et simple qui frappera en premier lieu les élèves des classes populaires et petites classes moyennes en leur interdisant à plus ou moins brève échéance d’aller à l’université dans la filière de leur choix après le baccalauréat.

Certes il fallait changer l’absurde système de tirage au sort que j’avais, dès sa mise en œuvre, dénoncé avec véhémence et qui était largement la conséquence des insuffisances budgétaires et d’un manque d’ambition universitaire. Il fallait réformer mais là on tombe de Charybde en Scylla. La loi qui vient d’être votée, organise la suppression de la liberté de s’inscrire dans l’établissement de son choix pour les lycéen-ne-s. Mais surtout, elle conditionne leur inscription à l’examen de leur dossier avec les caractéristiques de la formation. Comment parler de « choix » des lycéen-nes quand ceux-ci seront soumis aux décisions des universités ?

 Il s’agit bien de sélection à l’entrée de l’Université et elle prendra appui sur une sélection sociale déjà à l’œuvre depuis le collège et le lycée et cela dans un contexte d’augmentation des effectifs étudiants dans le supérieur. Seul le bachelier qui pourra se prévaloir de la bonne option disponible dans les seuls lycées prestigieux pourra candidater à telle licence ultra-sélective. Les élèves issus des milieux les moins favorisés n’ont pas à faire les frais du manque de moyens criant consacrés à l’université.

Les choix politiques de ces dernières années – paupérisation et précarisation du personnel – n’ont fait qu’aggraver la situation et décourager bien souvent les enseignant-e-s chercheur-e-s, mais ce n’est pas aux élèves les plus modestes d’en faire les frais et de devoir renoncer à leurs études car ce sont elles et eux, principalement qui seront les perdant-e-s de cette réforme. Rappelons que le diplôme protège du chômage et les métiers font de plus en plus souvent appel à des qualifications élevées: interdire l’accès à l’université, c’est condamner les jeunes à des situations professionnelles peu enviables, sans aucune perspective d’avancement.

 Mais la régression est encore allée plus loin encore, au Sénat: le gouvernement vient de céder à la droite sénatoriale et accepte :

  1. que les capacités d’accueil en licence soient déterminées en fonction du taux de réussite et du taux d’insertion professionnelle (impossible à définir et à mesurer de façon fiable) ;
  2. que le recteur ne puisse pas passer outre aux capacités d’accueil déterminées par les établissements qui pourront ainsi les fixer au plus bas possible sans risque. Ces deux mesures sont malthusiennes et attentatoires aux droits des bacheliers. Elles ferment le robinet au moment même où le nombre d’étudiants croît régulièrement.

Repenser le premier cycle universitaire, mieux accompagner les élèves pour lutter contre l’abandon et l’échec, permettre des passerelles entre formations, construire des parcours plus personnalisés, assurer dès le lycée à chacun de mieux s’orienter devraient être le chemin à suivre.

En tout cas, Il y a d’autres solutions et alternatives. Le débat ne saurait se résumer à l’opposition entre APB et le funeste tirage au sort et Parcoursup. Mais ne nous y trompons pas, rien n’est possible si gouvernement ne consacre pas plus de moyens à l’enseignement supérieur et la recherche.

Copyright © 2012 Marie-Noëlle Lienemann. Tous droits réservés.