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Assurance-Chômage : ils ne s’attaquent pas aux racines du problème … ils poussent leur logique libérale jusqu’au bout !

Ils ne s’attaquent pas aux racines du problème…

1- moins de 50% des chômeurs sont indemnisés.

Pour les Libéraux, le poids de l’indemnisation du chômage est trop important. Regardons les chiffres en face en tenant compte des dernières analyses et études détaillées publiées par Pôle Emploi.

Fin septembre 2017, en France métropolitaine, parmi 6,3 millions de personnes inscrites à Pôle emploi en catégories A, B, C, D, E (6 293 170 très exactement), 66,8% étaient indemnisables. Parmi elles, 57,6% sont indemnisables au titre de l’Assurance chômage et 8,1% le sont au titre d’allocations de solidarité-État.
Parmi les personnes indemnisables en catégories A,B,C,D,E, 75,6% sont indemnisées. Pour l’Assurance chômage, cette part atteint 74,1% en septembre 2017. Elle s’élève à 86,0% pour les bénéficiaires de la solidarité-État. Ainsi moins de 3 180 000 demandeurs d’emplois étaient indemnisés fin septembre 2017, soit 50 % seulement.

Au 31 décembre 2017, on comptabilisait 3 120 500 demandeurs d’emploi indemnisés. Les bénéficiaires des allocations d’État représentent 13,7% des personnes indemnisées en décembre 2017. Or au 31 décembre 2017, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle Emploi toutes catégories étaient de 6 355 210 ; on retrouve donc une proportion de 49,10 % : le nombre de chômeurs indemnisés a donc bien baissé mais surtout leur proportion parmi les demandeurs inscrits à Pôle emploi a baissé d’un point !

En juin 2017, le montant mensuel brut moyen de l’allocation chômage versée aux demandeurs d’emploi indemnisés par l’Assurance chômage est de 1 185 € (pour ceux qui travaillaient à temps complet ou à temps partiel), et de 1 321 € pour ceux qui travaillaient à temps complet. Pour un demandeur d’emploi indemnisé sur deux, le montant de l’allocation est inférieur à 1 056 euros; pour trois demandeurs d’emploi indemnisés sur quatre, le montant est inférieur à 1 308 euros.

Or une mauvaise indemnisation du chômage, outre le fait qu’elle plonge de nombreux foyers dans de graves difficultés sociales, provoque un manque important de pouvoir d’achat ; on sait que les catégories modestes consomment en priorité (85 %) des biens produits en France, cela a donc un impact direct et négatif sur notre activité économique.

2- Le manque à gagner de l’UNEDIC a pour origine principale le non paiement par les employeurs de l’URSSAf (emplois clandestins).

L’économie souterraine équivaudrait à 10,8 % du PIB de la France, selon une enquête de l’Urssaf. 7 % des entreprises auraient recours au travail dissimulé, qui représenterait presque 19 % du total des emplois déclarés. La fraude des entreprises avoisinerait donc les 7 milliards d’euros.

En avril 2016, l’Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss), qui est en charge du recouvrement des cotisations sociales a redressé les entreprises à hauteur de 555 millions d’euros. Les caisses de l’Urssaf sont beaucoup plus vigilantes dans les secteurs à risques. Dans 89% des cas, les contrôles donnent lieu à un redressement. Sur ces 555 millions d’euros, la moitié seulement devrait être récupérée dans les caisses de l’État en raison des recours juridiques des entreprises.

Dans cette lutte, les Urssaf ont constaté que les entreprises utilisent des méthodes de plus en plus sophistiquées pour avoir recours au travail dissimulé comme les entreprises éphémères avec des capitaux à l’étranger. Par ailleurs, des entreprises se servent des travailleurs détachés pour «oublier» de payer les cotisations sociales en Europe.

… ils poussent leur logique libérale jusqu’au bout

Le gouvernement a dévoilé lundi 19 mars 2018 un arsenal renforcé de sanctions contre les chômeurs ne remplissant pas leurs obligations, une réforme qui, avec le renforcement des contrôles, est présentée comme la contrepartie de l’extension des droits aux démissionnaires et indépendants. Or le gouvernement s’apprête finalement à élargir le régime aux seuls indépendants en liquidation judiciaire et, sous conditions, aux salariés qui démissionnent en vue d’une reconversion.

Du côté sanctions et contrôles : Des recherches insuffisantes, ou le refus de deux « offres raisonnables » seront plus sévèrement punis. Au premier manquement, un mois de radiation, allocations suspendues provisoirement. Au deuxième manquement, un mois de radiation et de suppression des allocations. Et au troisième manquement : quatre mois de radiation et de suppression des allocations. Enfin la création d’un « carnet de bord ». CV, lettres de motivation, entretiens : les demandeurs d’emploi devront y inscrire toutes leurs démarches.

L’indemnisation des démissionnaires et des indépendants était l’une des promesses phares d’Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle. Mais le coût d’une telle mesure avait rapidement fait débat, certains évoquant même une note de 14 milliards d’euros dès la première année. Le gouvernement a donc annoncé qu’un droit à l’indemnisation chômage serait bien instauré pour les démissionnaires, mais sous réserve qu’ils aient un projet professionnel : 20.000 à 30.000 personnes pourraient en bénéficier chaque année pour un coût supplémentaire pour l’assurance chômage évalué à 180 millions d’euros.

Concernant les entrepreneurs indépendants en liquidation judiciaire, la ministre du Travail a annoncé l’instauration d’une indemnité chômage de 800 euros par mois pendant six mois, qui sera financée par la contribution sociale généralisée (CSG).

Le gouvernement renforce donc les sanctions contre les demandeurs d’emploi sans pour autant mettre en application sa « promesse » intenable pour les indépendants et les démissionnaires.

S’il a dû momentanément reculé sur sa volonté d’étatiser l’assurance chômage et de commencer réduire le paritarisme, nul doute qu’il cherchera à revenir à la charge tôt ou tard. On voit la logique mise en œuvre par Emmanuel Macron : passer d’un système social assuranciel qui a fait ses preuves (malgré les difficultés) à un modèle anglo-saxon dont chacun a pu mesure l’absurdité, l’inefficacité et l’injustice illustrée dans le fim « Moi, Daniel Blake » de Ken Loach.

Copyright © 2012 Marie-Noëlle Lienemann. Tous droits réservés.