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Marie-Noëlle Lienemann : « Nous ne serons pas les fossoyeurs de l’idée socialiste » – Nice Matin, 30 août 2018

Nice Matin – PAR THIERRY PRUDHON Publié le 30/08/2018 à 16:39

Olivier Faure n’a, pour l’instant, pas évité le retour des chapelles au PS. En témoigne le positionnement très agressif de l’aile gauche du parti, qui prône une rupture avec ce qu’elle appelle le social-libéralisme et un rapprochement avec La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. La sénatrice de Paris Marie-Noëlle Lienemann, qui incarne cette aile gauche avec Emmanuel Maurel, a répondu à nos questions avec son franc-parler habituel.

A vos yeux, le PS est en train de rompre avec le socialisme?
« C’est bien l’inquiétude qui est la mienne. Je pensais que la direction du PS avait compris que nous nous étions écartés très loin des aspirations de nos concitoyens et d’une vision socialiste, au sens d’un socialisme français, républicain et réformiste. On s’est noyé dans la social-démocratie européenne, donc dans le social-libéralisme, avec tous les reculs sociaux que vivent les Français. Tous nos électeurs nous ont quittés. Et tout cela n’a pas commencé avec Macron.« UN RETOUR DE HOLLANDE, POUR NOUS, C’EST NON! »

Espérez-vous encore refonder le PS ou allez-vous rejoindre Jean-Luc Mélenchon?
Nous (l’aile gauche du parti, ndlr) avons demandé à la nouvelle direction du PS de clarifier sa ligne, car certaines choses nous alarment.

Quand Jean-Christophe Cambadélis explique que le PS est un parti de centre gauche, a-t-il renoncé à ce qu’il soit le grand parti de la gauche? 
Sur l’opposition à Macron, on est encore trop dans le cas par cas, et puis il y a le retour de Hollande… Olivier Faure a d’abord dit que ce n’était pas une solution, mais il s’est montré plus nuancé à La Rochelle. Certains se placent dans l’hypothèse d’un retour de François Hollande et ça, pour nous, c’est non ! On ne veut pas aller aux européennes dans le sillage de sociaux-démocrates qui s’effondrent partout, qui sont en collusion avec Merkel et font parfois des alliances avec les fachos dans certains pays. Nous, on veut l’unité des forces de gauche françaises, en rupture avec ce que la construction européenne a été jusqu’ici. Sinon, je ne vois pas pourquoi nos électeurs reviendraient vers nous.

La ligne portée par Olivier Faure a malgré tout été plébiscitée au printemps…
Oui, mais il a promis une refondation. Or, je ne vois pas ce qui a été refondé depuis avril. On est dans la continuité pour l’instant, et même dans une continuité assez droitière. Pour les européennes, je propose de faire voter les militants. S’il y a une majorité pour devenir un parti de centre gauche, j’en prendrai acte. Au bout d’un moment, quand vous laissez partir tous ceux qui font la force vive d’un parti, ceux qui restent sont forcément d’accord avec la ligne, mais ils ne représentent plus rien.

Vous vous apprêtez donc à tirer les conséquences de votre diagnostic et à franchir le pas vers La France insoumise…
Non. Mais nous disons que nous ne pourrons être dupes longtemps. Soit la direction refonde un vrai Parti socialiste qui s’appuie sur une stratégie d’union de la gauche, soit elle en fait un parti de centre gauche et nous ne pourrons être d’accord. Nous créerons alors un parti qui porte le flambeau du socialisme historique, en l’actualisant avec les enjeux actuels, l’écologie, le numérique…

« LE PS N’EST PLUS LE PLUS FORT AUJOURD’HUI »

Vous vous donnez jusqu’à quand pour décider?
La fin du trimestre, après le débat sur les européennes. Nous, nous défendons l’idée d’une liste qui fédère toutes les forces de gauche. Si on ne veut pas être piégé par le discours « Macron ou l’extrême droite », il faut porter cette union. Pour être la gauche qui s’oppose à la fois à l’Europe libérale et au traitement des immigrés par une dérive fascisante.

Qui mènerait cette liste? Emmanuel Maurel? Un proche de Mélenchon?
Le PS n’est plus le plus fort aujourd’hui. Il faut donc déjà arrêter de ne pas parler avec La France insoumise. Posons-nous d’abord la question de savoir si nous sommes prêts à converger sur un certain nombre de grands sujets (arrêt des politiques d’austérité, etc.) et à proposer un manifeste commun des gauches pour être acteurs d’un rapport de force au Parlement européen et ne pas se ranger tranquillement derrière les sociaux-démocrates qui font leur petite cuisine avec la droite. On ne peut continuer dans cet entre-deux. Nous ne serons pas les fossoyeurs de l’idée socialiste. »

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