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Le Grand Débat : enfumage et prétexte à poursuivre une politique néfaste – Communiqué de presse

communiqué de presse – lundi 8 avril 2019 – 18h00

Édouard Philippe s’est livré ce midi à une opération de double justification : « légitimité démocratique » du Grand Débat, validation par celui-ci de l’essentiel du cap stratégique de l’exécutif. Toutes les revendications des Gilets Jaunes, soutenues par une large majorité des Français (restauration ISF ou RIC), ont été balayées. Le grand débat sert bien d’enfumage ! La lecture et les commentaires du premier ministre sont marquées par une vision classiquement de droite et libérale. Derrière la formule vaseuse « rien ne sera comme avant », c’est plutôt « Rien de nouveau sous le soleil ». Le fameux « nouveau monde » continue !

Le grand débat : une mise en scène trompeuse de la démocratie participative

Les « contributeurs » ne représentent que 1,1% du corps électoral ; ils sont très majoritairement issus de catégories plus aisées, plus âgés et plus urbains que la moyenne des Français. C’est la sociologie de l’électorat de LREM et d’Emmanuel Macron (qui au 1er tour n’a recueilli que les Voix de 18,2% des Français). Ils sont très peu représentatifs des couches populaires, des habitants des territoires ruraux et péri urbains : ce sont eux qui ont déclenché et soutenu le mouvement des Gilets Jaunes, révélateur de la crise profonde de notre pays, ce sont eux qui subissent et contestent les politiques libérales menées depuis des années et poursuivies par Emmanuel Macron (théorie du ruissellement et du 1er de cordée, taxe à la consommation, suppression des services publics). Les cahiers de doléances mis en place par les élus locaux expriment certainement mieux leurs attentes.

Balayer d’un revers de main l’attente du référendum d’initiative citoyenne procède de la volonté des élites et des libéraux refuser tout partage du pouvoir, toute restauration d’une souveraineté populaire effective. Car nos concitoyens ne souhaitent pas seulement être consultés ou simplement participer au débat, mais bien de pouvoir peser sur les décisions et décider directement si besoin. Ils posent la question fondamentale du partage et de la redistribution des pouvoirs. Aucun « Grand Débat » ne suffira aux défauts patents du régime de la Vème République. L’attente de l’arbitrage ultime du président, tel le monarque ayant écouté le bon peuple, est très symptomatique !

Une lecture clairement de droite et libérale, éloignée des attentes populaires et contraire à l’aspiration républicaine des Français

Les mots sont pas anodins. Aucune référence à l’égalité, mais toute la panoplie des mots clefs des libéraux : justice (pas justice sociale) et équité ! Or en brandissant le drapeau tricolore, en chantant La Marseillaise, et par leurs slogans, c’est bien la République que revendiquaient les manifestants !

Le premier ministre ne retient du grand débat que « l’exaspération fiscale », thématique classique à droite : il faudrait baisser les impôts pour tous et réduire la dépense publique. Cela n’a rien à voir avec la « justice fiscale » attendue par les Gilets Jaunes : baisser les taxes sur la consommation (carburant, TVA) et les impôts pesant sur les catégories populaires et moyennes, mais faire contribuer chacun à proportion de ses facultés, en restaurant l’ISF et la progressivité de l’impôt sur le revenu, en supprimant la Flat tax, en taxant les gros pollueurs, et en empêchant l’optimisation et l’évasion fiscale. Cette logique est sciemment ignorée par l’exécutif qui, au mieux, fera des « gestes » marginaux pour éviter des mesures fortes ouvrant à une véritable réforme fiscale. Au contraire, le libéral Édouard Philippe ressort la contradiction qu’il y aurait entre une meilleure gestion des dépenses publiques et le renforcement des services publics. C’est le discours classique pour refuser toute politique de relance fondée sur le soutien au pouvoir d’achat, la redistribution des richesses, les investissements et les services publics. Cette politique créerait pourtant les conditions d’une meilleure croissance, de l’emploi et de rentrées fiscales qui réduiraient les déficits. Or les Français exigent des garanties immédiates pour le maintien, la restauration et le développement des services publics – de qualité – partout et pour tous !

Édouard Philippe a conclu par la ritournelle d’Emmanuel Macron « Non à l’immobilisme ! »

Pour LREM et le gouvernement, cela signifie : reculs sociaux, casse du modèle républicain et nouvelles « réformes structurelles » (indemnités chômage, retraites). Personne ne sera dupe du jeu de communication présidentielle, autour d’une prétendue nouvelle étape du quinquennat. Or loin d’être en voie de règlement, au contraire, la crise qui traverse notre pays risque de s’accroître.

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