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Donnons sens à l’Urbanité républicaine !

Le rapport de l’Atelier Parisien d’Urbanisme (APUR) doit nous faire réagir : lutter contre les inégalités, redistribuer les richesses, encadrer et réguler les prix du foncier et de l’immobilier, accroitre la répartition et le financement du logement social et un grand plan de relance d’une nouvelle politique de la Ville et en direction des habitants des quartiers ! Donnons sens à l’Urbanité Républicaine !

Parler de séparatisme sans lutter contre les ségrégations et les discriminations est refuser de s’attaquer à des causes très importantes : la perte de confiance en la promesse républicaine. Les inégalités sont un des terreaux de ce décrochage. Tant qu’elles progresseront, la reconquête sera difficile. Là est l’urgence républicaine.
Dans la même semaine, sort un rapport de l’Insee qui montre l’augmentation des écarts de revenus entre les plus riches et les plus pauvres et cette étude de l’APUR qui constate au sein de la région parisienne des inégalités de plus en plus criantes et que les quartiers pauvres le sont davantage. Évidemment il y a un lien majeur entre ces deux constats. D’ailleurs l’article du Monde consacré à l’étude de l’APUR le souligne. Le pouvoir d’achat des habitants de ces quartiers pauvres a diminué entre 2001 et 2016 et cela s’est dégradé encore depuis.
Si bien qu’à part faire partir les plus modestes de ces quartiers (pour aller où ?), la seule évolution des revenus accroît les inégalités spatiales. Aussi ne peut-on dire comme le conclut le journaliste que cela sonnerait « une sorte de constat d’échec des « politiques de la ville » menées depuis des dizaines d’années ».
Faire porter la charge sur la politique de la ville c’est nier l’essentiel, à savoir la situation sociale des couches populaires et des plus modestes de ce pays, c’est refuser de reconnaître que notre république ne peut plus se dispenser de redistribuer les richesses. C’est aussi faire le jeu des pouvoirs publics qui au pseudo motif de l’inefficacité de la politique de la ville réduisent ses crédits, se dispensent de penser son développement et sa rénovation et en font le parent pauvre, si ce n’est le grand oublié du plan de relance. Sans d’ailleurs que grand monde s’en offusque alors même que les habitants de ces quartiers ont été hier les plus frappés par les difficultés du confinement et aujourd’hui par ses conséquences sociales, le chômage, la précarité.

Pour autant la politique de la ville, réduite au renouvellement urbain – sans cesse retardé, parfois enlisé, manquant d’ambition – et négligeant l’investissement humain, social, éducatif et en services publics mérite un puissant souffle, un nouvel élan, des moyens plus globaux et conséquents.
Mais j’insiste lutter contre les ségrégations spatiales ne peut se réaliser sans agir simultanément sur les inégalités sociales, les régulations économiques réduisant les prix du foncier et une stratégie sans faille de mixité sociale partout.

Car le rapport de l’APUR met certes en évidence les difficultés croissantes des quartiers les plus pauvres mais aussi un enrichissement croissant des plus riches.

Je suis frappée du fait que le séparatisme des nantis (qui ne se limite pas à l’entre soi … déjà très préoccupant ) ne soit jamais vilipendé !

Mais surtout il met en exergue comme le rapporte le journal Le Monde « Des quartiers toujours plus riches, d’autres toujours plus pauvres. Rares sont ceux qui échappent à cette puissante polarisation qui détruit la mixité sociale. L’APUR cite certains quartiers modestes en cours d’embourgeoisement, à Saint-Ouen, Clichy, Saint-Denis, Pantin, dans le bas de Montreuil ou à Alfortville. »

Et là on est frappé de voir que certes ce meilleur brassage s’est opéré dans des quartiers populaires qui ont bénéficié des projets de renouvellement urbain mais aussi de l’attractivité accrue de ces villes, liée à la hausse des prix à Paris devenue insupportables. La hausse des prix du foncier joue un rôle déterminant de tamis social dans nos territoires.

Car à la détérioration des situations sociales, s’ajoute la hausse des prix du logement qui ponctionne lourdement le niveau de vie de tous les Français mais plus encore celui des couches moyennes et basses qui doivent de plus en plus s’éloigner de leurs lieux de travail, des secteurs les mieux desservis ; c’est ainsi qu’un cycle infernal de ségrégation s’accélère. Inverser ce mouvement ne sera pas aisé, aussi il faut désormais réagir très vite d’autant que les politiques de régulations, d’encadrement des prix n’auront pas des effets rapides. C’est pourtant indispensable et au moment où l’on reparle du plan, cette politique doit être engagée dans le moyen et long terme. Mais hélas, rares sont ceux prêts à affronter la logique libérale du tout marché, en régulant, en encadrant les prix des terrains et de l’immobilier. Il nous rapidement inventer les bons outils fiscaux, réglementaires et autres et faire de cet objectif un point majeur des futures échéances présidentielles et législatives.

Le second point est de ne pas se contenter de regarder l’absence de mixite dans les quartiers, mais aussi de l’observer ailleurs, dans les métropoles, pour se fixer des objectifs et moyens de l’améliorer partout. C’était l’état d’esprit de la loi SRU, et même de ses prémices avec la loi d’orientation sur la ville qui date des années 1990. Certes elle n’a pas été abandonnée mais les délais accordés pour repousser en permanence les échéances et contourner les contraintes n’ont pas permis de sérieusement faire avancer une meilleur répartition des logements sociaux et abordables et ce d’autant que les PLS ( logements intermédiaires ) sont comptabilisés dans les 25% de logements sociaux visés et que l’on ne produit pas suffisamment de logement HLM dont le parc ne s’accroit que d’environ 70 000 logements par an alors que les besoins sont très largement supérieurs et que ce décalage entre les besoins et la production est encore plus fragrante en Île-de-France, où tous les motifs sont toujours « bons » pour les programmer a minima dans les opérations d’urbanisme même d’Etat (par exemple autour des gares du Grand Paris).

Il faut durcir ces contraintes de répartition et améliorer les financements de logements sociaux ou très abordables (accession sociale). De ce point de vue les Organismes de Foncier Solidaire doivent être utilisés massivement pour réaliser ces logements en zone dense, plus encore là ou le terrain est cher car ils ont le double avantage en dissociant le bâti, du foncier de permettre d’acheter le logement avec des mensualités moins chères et d’autre part d’interdire la spéculation dans la durée. Mais surtout il faut arrêter cette défausse budgétaire de l’Etat qui a arrêté toute aide budgétaire à la pierre et ne cesse de prélever des sommes considérables au financement du logement (APL, prélèvement RLS sur organismes HLM et sur action Logement).

Enfin, immédiatement un plan de relance de la politique de la ville :

  • accélération de l’ANRU ;
  • soutien aux associations ;
  • plan de dotation et d’accès numérique des quartiers et des scolaires ;
  • stratégie d’éducation populaire ;
  • dédoublement de toutes les classes en ZEP et REP ;
  • nouveaux emplois jeunes et d’utilité publique – en particulier verts – pour les adultes ;
  • fonds de soutien aux initiatives économiques mais aussi culturelles, sportives ;
  • RSA dés 18ans ;
  • expérimentation de l’Etat garant de l’emploi en dernier ressort !

Le plus difficile est que nos concitoyens ne croient plus en rien : à force de communiquer sur les centaines de millions, voire les milliards, qui seraient « déversés » dans ces quartiers, les Français s’imaginent des gaspillages et des ingratitudes de leurs habitants. Et ceux qui y vivent ne voient pas le ruissellement de cette manne publique : au mieux ils voient le changement des logements et du cadre de vie (évidemment c’est important) mais pas de leur réalité quotidienne, ni de leurs conditions sociales, ni de celles de leurs enfants ou trop marginalement.

Annoncer une fois de plus des crédits sans veiller à ce qu’ils soient réellement et rapidement consommés pour être perceptibles pour les habitants, mais aussi pérennes et inscrits dans la durée serait une nouvelle erreur ! Là l’Etat doit montrer sa capacité à changer ses méthodes en privilégiant l’intervention directe, l’effectivité des actions et mesures prises au déroulement de dispositifs technocratiques dont il est si friand !
Les financements indispensables pour accroitre la production de logements sociaux et pour accélérer une nouvelle politique de la ville doivent être en partie dégagés par une contribution à la mixité sociale de tous les propriétaires et acquéreurs dans les quartiers les plus aisés et loin de la mixité sociale. Une sorte de péréquation interne aux métropoles ! et cela peut être décidé très vite et ne nuira en rien à l’économie nationale au contraire !

En tout cas, ne renonçons pas ! Engageons un débat public, sérieux, impliquant tous nos concitoyens et en particulier ceux des quartiers populaires pour faire de l’Urbanité Républicaine un des piliers d’un projet fédérateur pour la France du XXIème Siècle !

Copyright © 2012 Marie-Noëlle Lienemann. Tous droits réservés.