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Ne copions pas l’Allemagne !

merkel_martin_schulz_sipaQue de commentaires en France sur la réussite de l’Allemagne et d’Angela Merkel. Les élites technocratiques, médiatiques et politiques ne cessent d’expliquer aux Français qu’ils doivent copier leurs voisins d’outre-Rhin… sans compter une certaine gauche en permanence nostalgique d’une « sociale-démocratie » de compromis qui dénonce en permanence, les blocages, les inerties françaises.

Le scrutin législatif d’hier est pourtant sans appel. En dépit des prétendus chiffres époustouflants du chômage – quasiment le plein emploi nous dit-on – les Allemands ont condamné les deux forces politiques qui dirigeaient en coalition le pays, la CDU et le SPD. Tous deux font parmi les pires scores de leur histoire. C’est particulièrement vrai pour le SPD qui paye plein pot sa participation au gouvernement, son refus d’assumer le clivage gauche-droite. Il faut se souvenir qu’a l’issue des précédentes législatives, si le SPD avait accepté une alliance avec Die Linke (parti à sa gauche ) et les verts, la gauche était majoritaire au Bundestag, elle pouvait diriger le pays. Angela Merkel était battue. Mais il a préféré rester dans une nébuleuse centre-gauche, incapable de présenter aux Allemands une alternative à la politique libérale actuelle qui ne cesse d’accroître le nombre de pauvres, de précaires, qui n’arrivent pas à vivre correctement même lorsqu’ils travaillent ou sont retraités. Les incantations à plus de justice sociale ne sont plus crédibles lorsque la logique intrinsèque du système est contraire. La sanction est tombée comme un couperet fatal.

Hélas, comme dans beaucoup d’autres pays européens, une partie de la classe ouvrière, les populations modestes, ne peuvent se retrouver dans un parti social-démocrate qui cautionne une logique qui les pénalise et les fragilise. Ils se tournent vers l’extrême-droite qui attise des tensions et des concurrences entre ceux qui ne trouvent plus leur place dans la société allemande et les migrants. L’histoire ne sert, hélas !, pas de leçon.
Nous n’avons pas à nous réjouir de cette situation dramatique.

Mais ouvrons les yeux : L’Allemagne n’est pas un modèle. Le libéralisme, la concurrence et les dumpings sont mortifères. Le clivage gauche/droite demeure et doit s’incarner dans le choix entre de réelles alternatives économiques, sociales et politiques. Nous ne pouvons plus accepter une politique européenne d’alignement sur l’Allemagne alors que même dans ce pays – grand bénéficiaire des choix réalisés – la situation des peuples se dégrade et que les vieux démons ressurgissent !

Quand au PS, s’il ne voit pas l’impasse de la social-démocratie allemande et européenne et n’en tire pas des leçons rapides, il ne sortira pas de sa marginalisation, au contraire elle risquerait alors d’être durable.

Enfin, il serait hasardeux d’imaginer que les divisions au sein du FN écartent le danger. Le seul contre-poison à sa montée et à son audience est la reconquête des couches populaires. C’est aussi une politique économique fondée sur le progrès social, des investissements publics d’avenir, une protection sociale et des solidarités renforcés, la coopération plus que la concurrence !

L’approfondissement de notre modèle républicain et social est la voie qui peut permettre à la France, aux Français de retrouver confiance en l’avenir et d’apporter une pierre décisive à une réorientation profonde de l’Europe. En aucun cas le libéralisme, fut-il rhénan, ou une social-démocratie anesthésiante.

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