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« Je n’exclus pas de quitter le PS » menace Marie-Noëlle Lienemann – Public Sénat, 7 septembre 2018

Public Sénat – Par François Vignal, VENDREDI 07 SEPTEMBRE 2018 À 17:06

La recomposition de la classe politique n’est visiblement pas terminée. Ce week-end, elle a pour cadre l’université de rentrée de « Nos causes communes », club fondé par l’aile gauche du PS, menée par le député européen Emmanuel Maurel et la sénatrice Marie-Noël Lienemann, et le MRC. On y trouvera une bonne partie de la gauche : Jean-Luc Mélenchon, le numéro 1 d’EELV, David Cormand ou encore le sénateur PS Rachid Temal.

Pour Marie-Noëlle Lienemann, le retour de la gauche passera nécessairement par son « union et son dépassement ». Son camarade Emmanuel Maurel pourrait figurer en bonne place sur la liste de La France insoumise aux européennes. Un rapprochement qui pourrait se traduire par la création d’un nouveau mouvement avec le MRC et un départ – un de plus, après celui de Benoît Hamon – du Parti socialiste.

« On ne l’exclut pas, mais ce n’est pas ce qu’on préfère » affirme à publicsenat.fr la vice-présidente du Sénat. « Si ça continue comme avant, ça ne peut plus durer et nous prendrons nos responsabilités. (…) On créera alors nous-mêmes une structure » prévient Marie-Noëlle Lienemann, même si l’heure du grand saut n’est pas encore totalement venue. Ces initiatives montrent une chose : ça bouge (encore) à gauche. Entretien.

Vous organisez avec le Mouvement républicain et citoyen (MRC), ce week-end à Marseille, l’université de rentrée de « Nos causes communes », avec de nombreux partis de gauche invités (LFI, PS, PCF, EELV). Le retour de la gauche passera-t-il par son union ?
Absolument. Son union et son dépassement. L’union de la gauche, ça ne peut pas être simplement un cadre pour les organisations. Il faut cette dynamique de rassemblement de l’ensemble des forces de gauche pour que tous ceux qui ne se retrouvent pas dans les partis, ou qui ont des doutes dans notre capacité à incarner l’avenir, se remettre en mouvement. Dans l’histoire de la gauche, jamais elle n’a pu peser sur les événements sans son rassemblement, ni empêcher la montée des extrêmes, ni accéder au gouvernement.

Avec Emmanuel Maurel, vous vous rapprochez de plus en plus de la France insoumise et de Jean-Luc Mélenchon. Jusqu’où ?
Ce n’est pas nouveau. On n’a jamais été dans le ni-Macron, ni Mélenchon. On est différent sur certaines thèses, avec Jean-Luc Mélenchon, et on peut être d’accord sur d’autres. La planification écologique ne nous heurte pas. On a été dans les mobilisations contre la loi travail d’El-Khomri ou de Muriel Penicaud.

Pour l’heure, l’objectif est de réussir cette initiative et de prendre acte que nos amis de France insoumise participent à cet événement. On a vu dès le printemps des déclarations de Jean-Luc Mélenchon qui nous ont satisfaits. Il a parlé d’un nouveau Front populaire.

C’est aussi l’importance de l’affirmation d’une gauche républicaine qui, dans ce pays, a été un peu négligée et pas prise en compte. Le PS a largement dérivé vers le centre-gauche plutôt que la tradition socialiste. On nous a fait croire que l’avenir de la gauche pouvait être la sociale démocratie à l’européenne. Or en réalité, elle est en débâcle et se confond avec le social-libéralisme.

Le PS peut-il être encore le cadre de ce rassemblement de la gauche ?
Il pourrait. Il n’est pas le cadre, mais plutôt un des acteurs. On est à 6-8%, il faut tenir compte de la réalité politique. Il faut affirmer notre identité. Et de ce point de vue, le retour de François Hollande ne va pas dans le bon sens. Il y a eu un échec patent et sans ruptures, il n’y aura pas de rebond.

Et deuxièmement, c’est le rapport à Emmanuel Macron. Jean-Luc Mélenchon fait des propositions de mobilisations contre Macron sur les reculs sociaux, les retraites, l’affaiblissement de l’indemnité chômage, la ratification du Ceta. Pour l’instant le PS me paraît bien silencieux. Le PS attend que le déçu du macronisme reviennent au PS.

Ce rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon peut-il aller jusqu’à participer à la liste de France Insoumise pour les élections européennes de juin 2019 ?
Je n’en suis pas encore à un rapprochement, mais je demande au PS de répondre à ces questions. Sommes-nous un parti de centre-gauche ? Sommes-nous en rupture avec le quinquennat précédent. Sommes-nous pour le rassemblement des forces de gauche ? Cette fois, si ça continue comme avant, ça ne peut plus durer et nous prendrons nos responsabilités. Si on doit prendre nos responsabilités, c’est qu’on aura tout essayé. On créera alors nous-mêmes une structure qui incarnera ce projet. On ne laissera pas mourir la flamme du parti de Jean Jaurès, François Mitterrand et Léon Blum. Avec nos amis du MRC, nous avons des convergences. Nous pensons que l’affirmation de la gauche républicaine est un élément important de ce rebond, avec tous ceux qui veulent bien venir. Et nous serons acteur de tout rassemblement.

Etes-vous prêts à quitter le PS ?
On ne l’exclut pas, mais ce n’est pas ce qu’on préfère. Mais au bout d’un moment, ça fait beaucoup de compromis. On a cru qu’Olivier Faure serait capable d’ouvrir une nouvelle page. Mais pour l’instant, c’est le vide. Et cela a laissé un espace pour le retour des anciens.

A quelle échéance prendrez-vous votre décision ?
Je voudrais déjà savoir quel est le calendrier d’Olivier Faure. Ça change tous les quarts d’heure. Après, quelle est la garantie démocratique du débat ? Si on constate que ce désaccord n’était pas levé, on en tirera les conséquences. Veulent-ils faire des pas ou non en notre direction ? Et pas simplement donner la tête de liste aux européennes à Emmanuel Maurel. La question n’est pas une question de place, c’est est-ce qu’on fait un compromis ? Le PS est-il capable de rebondir à partir d’une nouvelle synthèse ? François Hollande n’a jamais fait de synthèse en réalité, il a donné des compensations de postes.

Vous êtes en désaccord avec le PS depuis des années. Pour vous, un départ ne serait-il pas plus simple ?
A chaque fois ils épurent. Le Ceres (ancien courant de Jean-Pierre Chevènement au PS) était parti, Jean-Luc Mélenchon était parti. Ils clarifient tellement qu’ils arrivent avec des queues de cerise. Est-ce que c’est ça l’idée du socialisme français ? Ça me fend le cœur. On n’est pas en train de chercher à créer de la division. Mais ça y est, on n’en peut plus. Du moins s’ils continuent comme avant. Sinon, on a l’impression de ne plus servir à rien ou de cautionner.

Reste que la question de l’Europe divise la gauche depuis longtemps, entre une Europe des Nations ou une Europe a dimension plus fédéraliste…
Mais il n’y a aucun texte du PS qui dit que nous sommes fédéralistes. Il y a un petit microcosme en total décalage avec le peuple de gauche. On ne peut plus tricher sur la question de l’Europe. Déjà, lors de Maastricht, le peuple de gauche a voté non. Après le Traité d’Amsterdam, le peuple de gauche nous sanctionne. Puis arrive le référendum sur le Traité constitutionnel européen. Une majorité encore plus importante du peuple de gauche vote non. Et François Hollande dit qu’on n’est pas discipliné. Puis il se fait élire en 2012 en disant qu’on renégociera le TSCG et finalement, il le ratifie sans l’ombre d’une discussion. Bilan, trois semaines après, il commence à chuter dans les sondages. S’ils ne se rendent pas compte…

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