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Plan : pas de tromperies sur les mots !

Emmanuel Macron est, hélas coutumier du fait : il prend des mots qui peuvent indiquer une inflexion politique pour au bout du compte, les vider de leur sens et continuer comme avant !

Si nous pouvons acter que des idées que nous défendons depuis des années, comme la planification, en particulier la planification écologique (mais pas seulement !), ou la réindustrialisation du pays apparaissent comme essentielles, prenons garde qu’elles ne soient pas affadies, voir dévoyées et  discréditées en les détournant des buts qu’elles sont censées poursuivre.

Nous demandons un renouveau de la planification à la française pour atteindre les objectifs écologiques (changement climatique, biodiversité, bon état écologique de l’eau etc), industrialiser le pays, regagner notre souveraineté économique et technologique, organiser de nouveaux progrès sociaux avec un développement des services publics.

La création d’un HautCommissariat Général au plan est en soi une bonne chose à condition que cela ne soit pas un leurre et que les mots ne fassent pas illusion !

Le plan ce n’est pas seulement de la prospective

Dans les premiers messages qui accompagnent les annoncesvenant du pouvoir, on perçoit la volonté de confondre planification et prospective. A l’évidence, une analyse prospective s’impose pour planifier, mais ne suffit pas. Planifier suppose d’arbitrer, de hiérarchiser, de décider, de mettre en œuvre. Il s’agit de fixer des objectifs partagés, de dégager les moyens, d’engager et coordonner une large mobilisation de tous pour les concrétiser.

Le plan engage l’action

Le plan est une volonté collective, une ardente obligation d’agir de concert, la mobilisation de moyens pour atteindre des objectifs de moyens et long terme. Or des études prospectives, la France en regorge ! C’est le rôle de France-Stratégie (créé en 2013) qui a justement succédé au conseil d’analyse stratégique né en 2006 à la suite de la suppression du commissariat général au plan. Ce dernier était devenu l’ombre de luimême car ne débouchant sur aucunes décisions publiques, peu de visions stratégiques et était devenu incapable de mettre en mouvement le pays pour faire face à des défis précis, et d’engager des politiques concrètes inscrites dans la durée.

Rompre avec l’idéologie libérale du laisser-faire et du moins d’État

Tout cela a été concomitant avec le basculement libéral des dirigeants et des politiques. D’ailleurs, France stratégie et son directeur général jean Pisani-Ferry en sont de constants zélateurs. Il a d’ailleurs, interrogé à plusieurs reprises, expliqué lors de ses auditions au sénat que la ré-industrialisation de la France était illusoire ! Pourtant, la plupart des sénateurs (de tous bords) jugeaient essentiel d’y travailler. Et cela même lors du mandat de François Hollande, en totale opposition aux choix d’Arnaud Montebourg !

La planification doit être démocratique et les choix arbitrés par le Parlement

Une planification vraiment renouvelée. Car si la planification à la française n’a jamais été un Gosplan ou une économie administrée. En revanche, elle fut trop souvent décidée sans une large participation des français et pilotée de façon technocratique. La gauche appelait déjà à une planification démocratique ! C’est essentiel. Le haut-commissariat doit associer les partenaires sociaux, le monde associatif, les élus et l’ensemble des acteurs concernés pour déterminer des objectifs, les prioriser au regard aussi de ce qui parait possible et nécessaire dans notre pays, avec un volontarisme raisonnable. Et au final le parlement doit voter le cadre du plan. Vient ensuite le suivi de sa mise en œuvre.

Un plan, des plans ?

Notre planification doit au moins embrasser quelques domaines clefs comme la transition écologique, l’industrie et la souveraineté économique, technologique ou alimentaire, l’aménagement du territoire et l’égalité républicaine en mettant l’accent sur les caps stratégiques dans chacun de ces champs et dégageant les voies et moyens pour y parvenir.

Un des enjeux sera d’engager sérieusement une grande bifurcation écologique, sociale mais aussi technologique. Aussi il est fondamental de transformer progressivement nos indicateurs de développement, de bien – être humain, de décarbonation de l’économie. Le plan doit donc s’attacher à définir de nouveaux indicateurs qui à défaut de se substituer au PIB, permettrons progressivement d’aborder autrement notre croissance.

Un fois le cadre du plan établi, il faut préparer des plans plus sectoriels – en particulier des plans de filières industrielles –, concrets et plus encore le copilotage avec les syndicats, les patrons, les associations et les élus, et même dans certain cas les décliner par des lois de programmation pluriannuelle. Car le plan doit mettre en œuvre des outils durables, efficaces, des politiques et investissements publics garanties dans la durée, des orientations de la commande publique.

Un point important sera de renforcer  l’effort national de recherche et d’innovation, en lien avec ces planifications.

Une planification nationale et décentralisée, garante de l’intérêt national et de l’égalité républicaine

Pour sortir d’un débat stérile entre le retour de l’impérium des choix nationaux et l’incantation en faveur d’énièmes étapes de la décentralisation, mieux vaut trouver une méthode qui articule l’action des différents niveaux de collectivités et de l’Etat, en rendant convergentes et complémentaires leurs interventions. Au bout du compte la décision doit revenir au parlement.

Une conférence annuelle des présidents de région doit être réunie autour du haut-commissariat général au plan pour bien décliner localement les objectifs décidés et veiller à ce qu’ils soient atteints. La diversité des réponses peut dépendre des territoires, mais pas l’engagement de les atteindre, ni le respect des principes généraux définis par la loi.

Un vote régulier au sein de chaque collectivité locale, d’abord dans la phase d’élaboration pour indiquer les attentes et priorités du territoire au regard des objectifs nationaux et la façon de s’inscrire localement pour prendre sa part à l’effort commun, pour décider des actions menées localement dans la phase de réalisation. Ces engagements et implications desassemblées locales sont indispensables pour que tous soient concernés, actifs et que les citoyens soient vigies et partie prenante. Qu’ils puissent aussi être vigilants pour éviter que les bonnes intentions s’enlisent avec le temps !

Le plan doit aussi être l’occasion de lutter contre les profondes inégalités et fractures qui divisent le pays et les différents services publics doivent y retrouver leur force et leur rayonnement. Associer personnels et usagers sera aussi un enjeu.

On peut imaginer que les élections législatives et présidentielles seront l’occasion d’actualiser les actions du Plan. Car le libéralisme, l’économie de marché et plus encore la financiarisation ont tué la prise en compte du moyen et long terme pour les entreprises, mais surtout pour l’intérêt général. Voilà aussi, l’ambition d’une nouvelle planification. Reprendre en main notre destinée commune, notre souveraineté, inscrire notre présent dans une perspective commune, réinventer le progrès collectif en améliorant la vie du plus grand nombre.

Oui planifier c’est penser demain, penser large et agir aujourd’hui !

Copyright © 2012 Marie-Noëlle Lienemann. Tous droits réservés.