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Relance : un plan insuffisant, mal calibré, marqué par l’archaïsme néolibéral et qui ne permettra pas au pays de se redresser

Un plan de relance insuffisant, mal calibré, qui reste dans la logique économique passée, injuste inefficace et ne permettra pas au pays de relever les grands défis auquel il est confronté : emploi, réduction des inégalités, ré-industrialisation, reconquête de souveraineté, transition écologique et numérique.

Les 100 milliards ne sont pas à la hauteur des enjeux

C’est insuffisant pour passer les 2 années qui viennent, insuffisant pour initier une stratégie d’avenir, de ré-industrialisation, de reconquête de notre souveraineté en assurant la transition écologique et numérique.
Si les mesures de chômage partiel, les prêts garantis aux entreprises ont été des mesures positives et leur prolongation souhaitable, il est clair que le plan annoncé ne prend pas suffisamment le relais pour éviter à la fois une hémorragie des emplois et les faillites massives des entreprises.
Il est clair que les mesures de relance en terme d’incitation à l’embauche des jeunes et de l’apprentissage risquent de demeurer des effets d’annonces, si les carnets de commandes des entreprises ne se remplissent pas ou si ces dernières manquant de fonds propres mettent la clef sous la porte, licencient ou n’investissent pas.

Tout miser sur la politique de l’offre : l’impasse néolibérale

Contrairement à l’idéologie de la relance par l’offre, il faut engager une politique plus équilibrée soutenant à court terme la demande, et surtout la consommation populaire et des plus modestes qui vivent trop souvent des difficultés de fin de mois. C’est en particulier le cas pour les jeunes. Il serait essentiel de créer un RSA pour les jeunes dès 18ans ainsi qu’une allocation d’autonomie et d’études pour tous ceux qui sont en formation.
De la même façon, la revalorisation des salaires pour les « premiers de corvées », les travailleurs essentiels ne peut être considérée comme réalisé alors même qu’au mieux ils ont eu accès à des primes et que sur les deux années à venir c’est bien une augmentation de leur salaire qui s’impose. Dans ces deux cas, l’argent dégagé se retrouvera très largement dans l’activité économique et non dans les bas de laine.
Il en va aussi de la lutte contre les inégalités, sans laquelle la confiance des Françaises et Français ne sauraient revenir. Or notre pays ne sortira pas de cette crise sans que nos concitoyens ne soient mobilisés, partie prenante et retrouvent la voie du progrès social et il convient rapidement de désendetter les TPE/PME pour leur permettre de retrouver d fonds propres. Bon nombre d’entre elles ne pourront pas rembourser les PGE. Selon des sources gouvernementales, si les 300 milliards d’euros de garanties n’ont pas été totalement engagés, mais le risque est bien réel. Et il est clair que l’annonce de ne consacrer que 3 milliards pour la trésorerie des entreprises est notoirement insuffisante. L’Etat laissera faire des milliers de faillite qu’il pourrait éviter. Son idéologie libérale lui fait renoncer à des outils très utiles comme la transformation de ces PGE en subvention sous forme d’obligations convertibles ou des prêts participatifs de la BPI, la CDC d’autres structures publiques. Nous ne devons pas même dans certains cas nous interdire d’annuler purement et simplement la dette en contrepartie de la sauvegarde de l’emploi. La transformation de la dette en fonds propres réduira les charges financières des entreprises (et donc leur risque de faillite). Elle stimulerait les investissements essentiels à la modernisation de l’appareil productif, à la R&D et à la transition écologique.
Or le plan de relance n’envisage que la prolongation de prêts et des prêts participatifs de structures privées.
Il est clair que la logique libérale continue de plus belle. Tout est fait pour que l’Etat ne joue qu’un rôle de pompier en cas d’incendie mais en aucun cas ne deviennent acteur de l’action économique.

L’erreur de la baisse indifférenciée « des impôts de production » : un aveuglement idéologique

On n’attendait sans doute rien de mieux de Bruno Le Maire (et d’Emmanuel Macron …), le gouvernement reste encalminé dans une vision économique fondé sur la politique de l’offre. L’annonce de la baisse des impôts dits « de production » s’explique ainsi.
Le gouvernement reprend les mêmes antiennes et les mêmes politiques qui n’ont jamais marché depuis des dizaines d’années et ont au contraire affaibli notre pays. Elles nous conduisent dans le mur.
Mais une baisse non ciblée, sans critères et sans contreparties des impôts. Plus de 20 milliards d’euros . A chaque crise, Le MEDEF et Bercy recyclent leur éternelles revendications, tendant à faire croire qu’elles résoudront nos problèmes, hélas la plupart du temps elles les aggravent. Gaspillant massivement de l’argent public qui serait mieux utilisé autrement et ailleurs.
Dans une note publiée début juillet 2020, les experts du Conseil d’analyse économique montrent ainsi que les trois premiers secteurs les plus favorisés par une suppression du triptyque CVAE-CFE-C3S sont, dans l’ordre : la production d’électricité et de gaz, les industries extractives et la finance !
Non seulement l’aspect anti-écologique est évident, mais justifier la suppression de ces taxes par la nécessité d’encourager la compétitivité de l’industrie est parfaitement mensonger. Certes, l’industrie manufacturière arrive tout de suite derrière, mais au même titre que le commerce, un secteur abrité de la concurrence internationale.
Pour finir, cette baisse des recettes fiscales n’est compensée par aucune autre ressource. Bien entendu, une partie de la baisse se finance elle-même. Toutes choses égales par ailleurs, supprimer des « impôts de production » augmente les bénéfices, taxés par l’IS. Mais une partie seulement. Ainsi le gouvernement n’hésite pas à creuser le déficit budgétaire de 20 milliards, gâchant au passage les quelques milliards qu’il prétend avoir gagné dans l’accord européen.
Le gouvernement reproduit ici l’erreur commise avec le CICE : personne ne refuse l’idée de favoriser la réindustrialisation du pays et il faut effectivement limiter les taxes qui pénalisent la production industrielle. Cela plaide pour le ciblage des choix fiscaux et non pour ce cadeau généralisé qui finira dans les sables mouvants des dividendes aux actionnaires.

Une stratégie d’avenir passe par l’implication de l’Etat dans l’économie

Or justement manque cruellement dans ce plan l’amorce d’une vraie stratégie de ré-industrialisation de la France que l’annonce de création d’un haut commissariat au plan ne saurait compenser.
Il eut été urgent de dégager des milliards d’euros pour structurer des filières industrielles d’avenir, pour des investissements publics remettant le pays à flot ou encore et c’est essentiel refaire le choix du Capital public.
Avec le train des privatisations, la vente régulière des actions de l’Etat dans les entreprises sous prétexte de réduire le déficit public – sans efficacité en la matière –, refus de nationaliser pour sauver des entreprises utiles, stratégiques, s’est accélérée la désindustrialisation, les délocalisations, et le capital détenu par l’Etat a fondu comme neige au soleil. Il se situe désormais à environ 75 milliards d’euros.
Certes la présence au capital d’une entreprises ne garantit pas automatiquement la capacité de la puissance publique à s’opposer au départ des activités, au manque d’investissements.
Il faudrait tripler en 5 ans notre capital public (c’est le moment de le faire car les taux d’intérêt sont bas, les actions peu chères) et en tout cas y consacrer plus de 50 milliards d’euros dans ce plan de relance pour 2021 et 2022. La première voie serait de transformer des aides ou prêts aux entreprises en prise de capital (banques, Air France, Renault, etc.).
Hélas ce ne sont pas les 2 milliards consacrés à la filière hydrogène qui sont à la hauteur des enjeux, et encore moins les 600 millions d’euros pour favoriser des relocalisation, en particulier de la production de médicaments, qui vont permettre de redresser sérieusement la barre et reconquérir de l’indépendance d’approvisionnement dans les secteurs clefs !

Copyright © 2012 Marie-Noëlle Lienemann. Tous droits réservés.