Europe, La gauche

23 députés sociaux-démocrates allemands ont voté contre le pacte budgétaire

 

C’est un fait rare, le groupe SPD s’est divisé dans un vote au Bundestag allemand et les députés de la gauche du SPD ont voté contre le fameux traité TSCG et sa règle d’or. En lisant leurs arguments, je me retrouve très largement dans leur analyse. Il faut espérer qu’en Europe, les gauches des partis socialistes et sociaux démocrates se fassent entendre et agissent de concert!

Je vous invite ainsi à lire le Communiqué de presse du 29 Juin expliquant leur vote contre le pacte budgétaire contre la position du reste du groupe parlementaire social-démocrate.

« Nous refusons le Pacte Budgétaire parce qu’il est politiquement faux, économiquement absurde et socialement injuste – et parce qu’il ne contribuera pas à la résolution de la crise européenne. Nous prenons connaissance avec beaucoup de sérieux et de gravité les avertissements pressants de beaucoup d’économistes et de dirigeants syndicalistes, qui se sont adressés à nous députés du Bundestag, ainsi que les courriers de nos concitoyennes et concitoyens. C’est pour tout cela que nous voterons NON au pacte budgétaire.

Le Pacte Budgétaire renforce encore plus le « frein à la dette »(en Français « règle d’or ») déjà inscrit dans la Loi Fondamentale, commettant par là même une attaque contre l’autonomie budgétaire – du gouvernement fédéral comme des Régions. Ce Pacte constitue également une étape supplémentaire dans la perte de démocratie de l’Europe: plus de pouvoir pour la bureaucratie de l’Union européenne, sans contrôle du contre-pouvoir parlementaire. Nous plaidons avec force pour une Europe de la solidarité et de la collaboration renforcée – qui doit être légitimée démocratiquement et parlementairement.

L’impératif des coupes budgétaires va être  institutionnalisé pour quasiment toute l’Europe par le biais de ce Pacte Budgétaire, alors que la question d’une politique fiscale juste reste complètement ignorée. Nous aussi, nous sommes en faveur d’une consolidation des budgets publics et pour que les taux d’endettement trop élevés de la puissance publique soient réduits. Sans croissance, c’est impossible. Le Pacte Budgétaire ignore cependant la relation entre finances publiques et conjoncture. Lorsque l’économie se rétracte et lorsque l’Etat renforce encore ses coupes budgétaires, c’est l’accélération de la chute libre de l’économie qui en résulte. C’est notre conviction profonde: une politique budgétaire procyclique et la réduction permanente des dépenses conduisent l’Europe dans une longue période de stagnation et de récession. Le Pacte Budgétaire est un « Frein à la Croissance »! Contrairement aux attentes des défenseurs du Pacte Budgétaire, la dette publique ne va pas se réduire! Bref: la réduction de l’endettement ne peut fonctionner que différemment: avec une politique de croissance, des investissements, une politique du travail et une fiscalité juste.

Au contraire, avec le Pacte Budgétaire on dessine la voie vers la réduction des systémes sociaux, la réduction des services publics, la dégradation des infrastructures, des communes en détresse financière, une augmentation de la pauvreté et des inégalités. Et cela, comme coeur d’une politique Européenne! Notre représentation de ce qu’est l’Europe est différente.

La crise dans la zone européenne s’aggrave dangereusement. Il est évident que la politique Merkelienne a échouée. Sa thérapie, ordonnée depuis deux ans, ne guérit pas le malade, au contraire, le rends plus malade. Toute l’Europe du Sud s’effondre dans la ruine économique et sociale. La conséquence, c’est que maintenant même les exportations allemandes s’effondrent, les impacts de la crise se rapprochent de l’Allemagne.

Un diagnostic erroné ne peut conduire qu’à une mauvaise ordonnance. Ce n’est pas le manque de rigueur dans la gestion publique qui nous a mené à la crise; Avant la crise le taux d’endettement public s’est réduit quasiment partout en Europe. Ce n’est qu’à partir de la crise financière et des mesures nécessaires pour la résoudre que les déficits publics ont explosé. Si les investisseurs n’ont plus confiance dans la dette publique, ce n’est pas en raison d’une politique budgétaire manquant de sérieux, mais c’est bien parce que l’ensemble des dettes publiques se voient refuser d’être garanties – conjointement avec la banque centrale, comme dans tous les autres pays! – pour des raisons idéologiques. Cela doit changer vite, et c’est ce que nous réclamons!

L’Union Monétaire a besoin d’une perspective de croissance. Cela est reconnu de plus en plus. Des Placébos de croissance communiqués avec des chiffres surévalués ne nous convaincrons pas. Celui qui veut la croissance doit suspendre et allonger dans le temps les programmes de consolidation contre-productifs et exagérés exigés des pays du Sud de l’Europe afin que leurs économies se rétablissent. Et celui qui veut plus de croissance – Parce que nous sommes aussi responsables en Allemagne, avec notre politique de déflation salariale, de l’aggravation des déséquilibres au sein de l’Europe – doit s’assurer que les salaires augmentent conséquemment afin de renforcer la demande intérieure.

C’est exactement pour cela que nous nous engageons »

Hilde Mattheis MdB

Klaus Barthel MdB

Wolfgang Gunkel MdB

Werner Schieder MdB

Daniela Kolbe MdB

Ottmar Schreiner MdB

Gabriele Hiller-Ohm MdB

 

 Remerciements à Mathieu Pouydesseau pour sa traduction et son engagement!

 

2 réactions

  1. Tout cela est bien joli, mais il me semble que le parti socialiste approuve l’europe libérale, la régle d’or et la priorité se « rassurer les marchés » et de réduire le déficit.
    De même vos positions avancées sur le logement ne concernent que vous au sein du PS.
    Libérez-vous !
    Rejoignez le front de gauche.

    • Tim Renard dit :

      @Jean-Pierre : on a 22 députés, le FdG en a 10. Nos deux stratégies sont complémentaires, le pari de Méluche a été gagnant sur la présidentielle avec un excellent score et une bonne médiatisation des idées, le notre sur les législatives. Croire qu’on peut faire infléchir les lignes politiques du gouvernement seulement de l’extérieur est dangereux, nous devons peser partout là où nous le pouvons.

      D’ailleurs nous sommes aujourd’hui dans une position historique : Mélenchon a reconstruit une gauche de la gauche gouvernementale forte, on a une présence non-négligeable à l’AN et même un ministre. Il faut en profiter au maximum pour faire à la fois progresser nos idées et passer des projets.

      Donc non, nous ne rejoindrons pas le Front de Gauche 🙂

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