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Macron dans Le Point : platitudes, mensonges, « héroïsme » et communication…

21314800_10155405873621049_1960056524940102257_nCherchez la vision ! Vous ne trouverez que des poncifs libéraux confondants !

Ce n’est pas la communication qui est en défaut mais la politique suivie.

On aurait pu attendre du Président de la République en cette rentrée qu’il présente une certaine vision de la place de la France dans le monde et de l’avenir de la société française. Il n’en est rien. A part affirmer que la France va être de retour sur la scène internationale, sans préciser de cap stratégique sur son action si ce n’est la lutte contre le terrorisme – sans d’ailleurs clarifier ce que notre pays compte faire, et où, sur les terrains extérieurs –, ou encore sortir une vieille antienne sur l’Europe qu’il prétend transformer en s’alignant d’abord sur le cours actuel qui ne cesse d’affaiblir et la France et l’UE…

Tout cela est au fond d’une grande platitude et d’un affligeant classicisme. Classicisme aussi dans la façon de considérer que la politique étrangère est de sa seule autorité et de ne jamais parler du Parlement ou de l’indispensable débat qui devrait être possible sur ces sujets cruciaux dans une démocratie avancée. Contrairement à ce qu’il fait mine de penser : il n’y a pas de domaine réservé, même dans la 5ème République et nous nous sommes trop habitués à cette dérive.

Néanmoins, on voit bien que la finalité de la parole présidentielle, dans l’entretien donné au Point, était d’abord et avant tout d’enrayer le discrédit croissant qui frappe l’exécutif et d’essayer de justifier – souvent très maladroitement – l’injustifiable. Là aussi, on pouvait attendre une vision économique et sociale nouvelle. Non, Emmanuel Macron manifeste un conservatisme libéral confondant et au fond l’approfondissement d’une logique qui est à l’œuvre depuis des années, que le précédent quinquennat a, hélas, enfourché et que les Français n’ont jamais approuvé. Tous les poncifs sur la prétendue libération du travail et des énergies avec moins de garanties et de droits y sont, avec la volonté de généraliser ces reculs. Même sur le rôle de l’État – sur lequel on a connu Emmanuel Macron mieux inspiré – c’est la version minimale de l’État concentré sur le régalien ! Tout y passe : la réduction de la dépense publique, de la protection sociale et l’alignement sur les règles budgétaires bruxelloises, les privatisations etc. C’est d’un conformisme ébouriffant.

De surcroît, ses silences sont aussi significatifs : aucune stratégie de relance de la croissance – d’une croissance vertueuse, sociale et écologique –, rien de convainquant sur la modernisation productive, de nouvelles politiques industrielles, la transition énergétique, l’intelligence artificielle où la France pourrait tout à la fois rattraper ses retards et promouvoir un nouveau mode de développement… Enfin, rien non plus sur les énormes transferts fiscaux aux plus riches. Puisque dans le programme fiscal, selon l’OFCE, les 10% les plus riches vont concentrer 46% des baisses d’impôts prévues dans le quinquennat et c’est même les très riches (280 000 personnes) qui vont être les grands gagnants. Les plus pauvres en bénéficieront le moins, voire pas du tout. Il paraît que c’est bon pour l’économie : Enrichissez les riches, il restera des miettes pour les autres. On connait la rengaine.

Après, le Président assène des contre vérités : les APL contribueraient à renchérir le coût du logement… Cela a sans doute joué au lancement des aides à la personne au détriment des aides à la pierre (grande idée libérale de Raymond Barre, qu’en son temps la gauche avait combattue redoutant ses effets inflationnistes et la baisse du nombre de logements abordables. On nous disait qu’il fallait laisser faire le marché et solvabiliser les plus pauvres. On voit ce que cela a donné ! Mais ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. En tout cas, baisser les APL ne fera pas baisser les loyers d’autant qu’il y a environ 28 millions de résidences principales en France. 40 % sont locataires, soit environ 11,2 millions de foyers et 5 millions de locataires touchent les aides au logement, dont 800 000 étudiants.

La réalité est que si l’on veut faire baisser le poids des dépenses de logement pour les Français, il faut REGULER. Réguler les loyers, le foncier et l’immobilier. Et bien sûr le très libéral gouvernement d’Édouard Philippe ne veut pas en entendre parler. Il faut aussi s’attaquer sérieusement aux charges en investissant dans les économies d’énergie. Alors pas de mensonge, la baisse des APL est tout simplement une économie budgétaire sur le dos des plus modestes et des étudiants et ce sont eux qui vont trinquer.

Argument tout à fait spécieux aussi : les contrats aidés ne marcheraient pas ; il faudrait donc les supprimer. Chacun d’entre nous connait pourtant des personnes pour lesquelles ces contrats ont été un tremplin et sont repartis dans un cursus professionnel. Mais surtout on leur dit : fini les contrats sans rien leur proposer en alternative et qui pourrait mieux marcher ! C’est scandaleux de laisser ainsi des gens sans la moindre solution. De surcroît, de nombreuses tâches très utiles étaient ainsi réalisées et vont disparaître. Sans compter que l’argument « cela ne marche pas, on le supprime » est appliqué à géométrie variable : le CICE devait permettre de créer un million d’emplois. On les attend toujours. Pourtant on ne le supprime pas et là, ça rapporterait gros !!!

Et pour couronner le tout Emmanuel Macron, dans un lyrisme qui tombe à plat, décrète qu’il veut renouer avec l’héroïsme politique, propre au modèle républicain. Double méprise : je ne vois pas ce qu’il y a d’héroïque à s’en prendre aux faibles et renforcer les riches et encore moins de républicain à accroître les inégalités.

Mais les Français ouvrent les yeux et leur désaccord s’exprime. On va entendre les commentateurs estimer qu’il y a un problème de communication. C’est toujours la même chose, car il est plus facile de croire que c’est la forme qui est défaillante lorsque c’est le fond. C’est la politique suivie qui ne convainc pas !

Copyright © 2012 Marie-Noëlle Lienemann. Tous droits réservés.