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Le Grand Soir de LCI – mardi 14 juillet 2020

J’étais invitée mardi soir sur LCI pour débattre avec Agnès Evren (députée européenne LR), Julien Odoul (conseiller régional RN de Bourgogne/Franche-Comté) et Frédéric Descrozaille (député LREM du Val-de-Marne). Nous sommes revenus sur l’entretien donné par le Président de la République ce même jour, ce qui nous a permis d’aborder un grand nombre de dossiers de l’actualité politique, sanitaire, économique et sociale.

 

Notre pays connait une très forte attente sociale, un grand mécontentement, des inquiétudes et des désaccords. Les déclarations de Macron n’ont pas donné un cap stratégique rassurant sur l’avenir de la France et la situation économique et sociale des Français. Il n’a tiré les leçons des dysfonctionnements « révélés » durant la crise sanitaire. Tout le monde a compris qu’il poursuivrait la même politique ; à nouveau il parle d’un changement de méthode, comme lorsqu’il avait entonné la chanson de la grande concertation de M. Delevoye sur les retraites, pour devoir consulter encore sur le financement, alors que cette réforme engageait une régression sociale majeure désavouée par les Français. Or on attendait des choses claires et précises sur l’hôpital public ! Et le Ségur ne règle rien. Il y a bien des augmentations de salaire, nécessaires mais insuffisantes (mais je ne me plaindrai de ce qui est déjà gagné), mais rien en réalité de ce qui a mis à mal profondément l’hôpital public, l’organisation même de notre système de santé publique, n’a été abordé et résolu : T2A, suppressions de lits, hôpitaux de proximité…

Concernant la lutte contre le COVID19, j’étais favorable à ce que l’on rende obligatoire le port du masque en espace clos. Il faut que la règle soit identique et claire pour tous, que l’accès aux masques soit garanti, notamment par un contrôle des prix. Nos usines se sont adaptées pour produire des masques face à l’urgence et aussi mettre fin à notre dépendance extérieure, aujourd’hui les surplus s’accumulent (et les pertes pour ces entreprises) et nous continuerions d’acheter des masques en Chine !? Ces masques français doivent être déstockés et distribués par la puissance publique, notamment en direction des publics les plus fragiles pour s’assurer de la protection de toutes et tous. Je souhaite surtout que nous soyons aujourd’hui plus rigoureux sur les tests. Le parlement doit être désormais clairement informé sur l’état des stocks, des respirateurs, des gants, des surblouses et de l’état réel d’avancement de notre stratégie de tests : sur les 700.000 hebdomadaires prévus, seuls quelques 300.000 seraient effectivement réalisés, mais nous n’avons pas de données précises. Or nous avons fait face à tant d’approximations et parfois de mensonges qu’il faut être plus que jamais rigoureux sur ces informations et leur transmission nécessaire.

Le propositions d’Emmanuel Macron sur l’emploi des jeunes sont éculées. Après avoir supprimé les emplois aidés, voici qu’il redécouvre les contrats d’insertion, mais sans avancer sur le RSA pour les moins de 25 ans et sans création d’emplois publics pour les jeunes. La jeunesse a été particulièrement pénalisée par les conséquences de la crise sanitaire et du confinement, aussi je suis plus que dubitative sur les nouvelles exonérations de cotisations proposées, qui s’empilent déjà au point de fragiliser nos finances sociales, et qui ne fonctionnent à la rigueur qu’à la condition que les entreprises aient besoin d’embaucher. On voit bien que les conditions ne sont pas remplies aujourd’hui, nous risquons donc des effets d’aubaines pervers sans créer beaucoup d’emplois. Par contre, il est urgent de définir les compétences nouvelles dont nous avons besoin pour consolider l’action des services publics : l’avenir de l’Etat et son action pour la transition écologique notamment doivent passer par la jeunesse. La crise sanitaire a mis en évidence des manques graves dans divers secteurs clés de la puissance publique, il est urgent de les résoudre en faisant confiance aux jeunes.

Enfin, un mot sur le jeu de dupes sur les Retraites. Si Emmanuel Macron s’acharne à vouloir mener au bout « sa » réforme des retraites, je suis absolument convaincue qu’il s’agit d’une manière de sacrifice des Français pour démontrer aux institutions et aux partenaires européens qu’il poursuit « quoi qu’il en coûte » les réformes structurelles libérale, afin de convaincre les plus frileux de valider le plan de relance européen. On ne sort pas de l’impasse qui nous ramènera à l’austérité. Notre relance doit aller en premier lieu vers l’investissement et la réindustrialisation. Les 100 Mds € sont toujours bons à prendre, mais nous sommes encore loin de l’effort engagé par l’Allemagne pourtant moins affectée que nous. La France doit mettre dans la relance européenne de fortes dépenses d’investissements, sinon nous ne rattraperons les graves inégalités qui s’aggravent déjà entre pays européens.

Copyright © 2012 Marie-Noëlle Lienemann. Tous droits réservés.